Histoire

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Présentation

Le présent texte sur l’histoire de la SOGÉÉCOM n’a aucunement la prétention de faire un historique exhaustif de notre association. Le temps et les sources d’un tel exercice ont grandement limité les détails du présent texte. Néanmoins. vous y trouverez les grandes lignes qui ont marqué les principales étapes de l’existence de la SOGÉÉCOM. Ce texte est une version retravaillée du texte de Benoit Marsan produit pour le 30e anniversaire de la SOGÉÉCOM. Au niveau des sources utilisées, elles proviennent essentiellement des archives de la SOGÉÉCOM et du Trait D’Union. L’ouvrage de Pierre Bélanger sur l’histoire du mouvement étudiant québécois fut comme toujours un repère essentiel et le texte de Jean-Marie Vézina produit à l’occasion du 20e anniversaire de la SOGÉÉCOM fut fort utile. Il faut aussi mentionner les textes de Benoit Renaud produit pour le MDE en 1996 sur l’histoire du mouvement étudiant.

Depuis maintenant 35 ans, la SOGÉÉCOM a fait partie partie du quotidien de milliers d’étudiant(e)s. Derrière ces 35 ans, ce sont des luttes, des liens de solidarité, des victoires, des défaites, mais aussi le sentiment d’avoir réussi à maintenir dans le temps un outil permanent de défense de nos droits et une actrice importante de la vie sociale et culturelle du collège, et ce malgré la durée très limitée des études collégiales.

C’est aussi l’implication anonyme ou non de centaines d’étudiant(e)s qui ont fait de la SOGÉÉCOM ce qu’elle est devenue après toutes ces années et qui ont cru à la nécessité de développer un espace de solidarité, afin de lutter collectivement pour la justice sociale.

Aux origines

C’est au cours des années 60 que l’action étudiante telle qu’on la connait aujourd’hui voit le jour au Québec. À cette époque, les associations étudiantes locales se dotent de principes syndicaux hérités du mouvement étudiant français alors inspirés par la Charte de Grenoble de 1946, qui définit les étudiant(e)s comme de jeunes travailleuses et travailleurs intellectuel(le)s en formation. C’est l’Union générale des étudiant du Québec (UGEQ) qui prendra le flambeau du syndicalisme étudiant au niveau national durant cette période.

La parution du rapport Parent et la mise en place de ses recommandations au début des années 60 entraîne une démocratisation du système d’éducation post-secondaire et ouvre la porte de ce dernier à une partie de la classe moyenne et des couches populaires. Avec l’apparition des cégeps en 1967 et le réseau de l’Université du Québec en 1969, le monde de l’éducation est soudainement transformé ainsi que sa composition sociale. C’est dans ce contexte général que le mouvement étudiant québécois se développe.

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Au Collège de Maisonneuve, Collège classique Ste-Croix à l’époque, une association étudiante existe déjà. C’est seulement en 1967 qu’elle commence à se définir peu à peu comme un syndicat, alors qu’elle entre à l’UGEQ. L’association étudiante se greffera très rapidement à la contestation étudiante québécoise de l’automne 1968, qui s’avère être la première des huit grèves générales étudiantes qu’a connu le Québec. Ce vent de contestation sociale, où le mouvement étudiant est fortement représenté, s’étend en 1968-69 aux quatre coins du globe (États-Unis, France. Allemagne, Mexique, Tchécoslovaquie, etc.).

Ce mouvement se soldera à Maisonneuve par une répression féroce de la part de l’administration. Quelques professeur(e)s sympathisant(e)s de la cause étudiante sont renvoyé(e)s et des étudiant(e)s sont expulsé(e)s du collège.

Suite au mouvement de 1968, de nombreux débats éclatent sur les perspectives du mouvement étudiant au sein de ses militant(e)s. Une partie importante de ces dernier(e)s préconisent la dissolution pure et simple des syndicats étudiants afin de privilégier des organisations politiques d’avant-garde d’allégeance marxiste-léniniste. La liquidation des syndicats étudiants entraînera un recul important de la mobilisation étudiante jusqu’en 1974, date du retour à l’action syndicale.

Les années 70

Avec la dissolution du syndicat étudiant à Maisonneuve, c’est l’administration du collège qui fait la pluie et le beau temps au niveau de la vie étudiante. Bien que des groupes politiques, tels que le Trait d’union (TDU) et le Syndicat étudiant (SE), qui agit sur une structure volontaire, sont toujours présents dans le décor de Maisonneuve, la gestion de la cotisation étudiante demeure entre les mains de l’administration qui la distribue comme bon lui semble. sans que la population étudiante ne puisse intervenir sur la répartition de cette dernière. La direction en profite aussi pour développer un Service de la vie étudiante qui prend le contrôle sur la vie socioculturelle jadis organisée et gérée par l’association étudiante. Encore de nos jours, ce service gère une bonne partie de la vie étudiante.

Le SE et les organismes ne jouissent plus des ressources dont ils disposaient par le passé et ne disposent plus d’instances unitaires telle l’assemblée générale pour rassembler sur une base commune à l’ensemble de la population étudiante et la représenter face à l’administration.

Les militant(e)s de l’époque entament donc une lutte pour récupérer la gestion de la cotisation étudiante. En 1971, ils et elles tentent de mettre sur pied une fédération des organismes. On peut lire sur la première page du TDU du 29 novembre 1971 que « La création de la Fédération des organismes redonnera au syndicat des étudiants le rôle qu’il occupait jadis et qu’il perdit lors des évènements de 1968 ». À l’époque, l’équipe du TDU joue un rôle important dans la renaissance du syndicalisme étudiant à Maisonneuve et au niveau national.

Trois buts sont recherchés avec la création de la fédération : marquer l’indépendance étudiante face à l’administration, rendre redevable à la population étudiante les différents organismes qui la composent et mettre fin au gaspillage de fonds.

Après deux ans de travail, la fédération voit finalement le jour, elle se nommera désormais Société Générale des Étudiants du Collège de Maisonneuve (SOGÉCOM). Officiellement, la SOGÉCOM est fondée le 5 mai 1973. La nouvelle association étudiante récupère donc la gestion des cotisations étudiantes.

Très rapidement, la SOGÉÉCOM et ses différentes composantes seront appelées à relancer la lutte étudiante à Maisonneuve. En 1974, le mouvement étudiant se mobilise massivement contre l’imposition du Test d’Aptitude aux Études Universitaires (TAEU). Pour l’occasion, plusieurs cégeps et départements universitaires sont en grève. dont Maisonneuve. Avec cette mesure, le gouvernement de l’époque vise à restreindre l’accès aux études universitaires. Cette mobilisation mènera à la deuxième grève générale et la coordination qui est mise en place pour assurer le mouvement débouchera sur la création de l’Association nationale des étudiantes et étudiants du Québec (ANEEQ), le 22 mars 1975.

his3La SOGÉÉCOM devient membre de l’ANEEQ le 27 septembre 1975. Elle y jouera un rôle important. Tant les débats en assemblées générales que les pages du TDU porteront souvent sur l’ANEEQ et les luttes qu’elle mène au niveau national.

Les années 1978 et 1979 seront particulièrement intenses à Maisonneuve. Trois importantes luttes seront menées presque simultanément.

Premièrement, la lutte contre les règlements étudiants, ensuite, la lutte contre la hausse des prix à la cafétéria et finalement, la troisième grève générale, la lutte nationale sur les prêts et bourses de 1978.

La lutte contre les règlements étudiants (RE), prend forme alors que le conseil d’administration du collège adopte le 7 juin 1978 de nouvelles règles étudiantes visant à se conformer au livre blanc du Parti Québécois. Ce livre exigeait que les cégeps se dotent d’une politique d’admission et de renvoi. Dans les faits, le caractère flou et répressif de ces nouvelles règles visait à encadrer l’action étudiante et réprimer l’implication syndicale. Malgré une accalmie relative du côté de la SOGÉÉCOM, les RE provoqueront un réveil et une mobilisation étudiante.

Simultanément, l’automne sera marqué par une importante mobilisation contre la hausse des prix à la cafétéria (augmentation de près de 80 % pour un repas). Plusieurs actions contre la cafétéria et les RE s’organisent. Débrayages et occupations de bureaux de l’administration s’ensuivent. On exige qu’on sorte la concession privée et que le collège prenne la cafétéria en main au même titre que la bibliothèque et les différents services.

L’administration fait intervenir la police et ferme plusieurs locaux étudiants dont la radio. L’ANEEQ. le syndicat des profs du collège ainsi que plusieurs syndicats étudiants locaux à travers la province appuient la lutte à Maisonneuve. Devant la force de la mobilisation, la direction recule sur les RE et suspend leur application indéfiniment.

Lancée sur une importante vague de mobilisation interne, la SOGÉÉCOM poursuivra son action à l’occasion de la grève des prêts et bourses de 1978. Initiée à Rimouski le 7 novembre 1978 pour dénoncer un régime d’aide financière qu’on juge à juste titre pourri, elle s’étendra à 33 cégeps, une université et quelques départements universitaires. Maisonneuve se joint au mouvement le 23 novembre. L’administration décrète automatiquement un lock-out.

Au niveau des luttes progressistes autres qu’étudiantes, la SOGÉÉCOM y est grandement impliquée durant ces années. On a mentionné plus tôt la participation de la SOGÉÉCOM au front commun de 1976, mais on cherche aussi à plusieurs reprises à se solidariser avec la lutte des travailleuses et travailleurs en appuyant les différentes grèves et les nombreux syndicats ouvriers en lutte. D’ailleurs, durant cette période, le TDU produit systématiquement un numéro spécial à l’occasion du premier mai, journée internationale des travailleuses et travailleurs, expliquant la nécessité d’une solidarité entre étudiant(e)s, ouvrières et ouvriers et incitant la population étudiante de Maisonneuve à participer à la traditionnelle manifestation.

C’est aussi vers 1976 qu’on assiste a la création d’un comité femmes dans le paysage de la SOGÉÉCOM. Le 8 mars 1977, pour la première fois un numéro spécial du TDU parait, pris en charge exclusivement par le comité femmes.

Finalement, la preuve la plus probante d’une action étudiante non corporatiste durant ces années est surement la lutte contre la hausse de tarif du transport en commun à Montréal, où les étudiant(e)s jouèrent un rôle prépondérant. De plus, les militant(e)s de Maisonneuve porteront la mobilisation à l’ensemble du quartier Hochelaga-Maisonneuve.

Suite à l’annonce d’une hausse pour un aller simple à 0,50$ faite par la Commission de transport de la Communauté urbaine de Montréal le 5 octobre 1975, la réaction ne se fait pas attendre à Montréal. Dès le lendemain, la SOGÉÉCOM tient une assemblée générale. À cette occasion, on refuse le principe de tarif étudiant, jugeant la chose comme un privilège, et on revendique la gratuité du transport en commun pour tou(te)s. Des journées de débrayage s’étendront sur quelques jours entre le 17 octobre et le 23 octobre. On diffuse largement dans le quartier en faisant du porte à porte. On invite alors la population à une assemblée publique au collège le 22 octobre et à la manifestation du 23. La SOGÉÉCOM produira alors 100 000 tracts qui seront distribués dans Hochelaga. Elle produira aussi 10 000 macarons et 50 000 autocollants. 15 000 personnes participeront à la manifestation, dont un contingent non négligeable de Maisonneuve.

Les années 80

Le 25 mars 1980, suite à une assemblée générale, les membres décident de doter officiellement la SOGÉÉCOM d’un rôle et d’une structure syndicale, tâche qu’elle effectuait plus ou moins officiellement depuis la fin des années 70.

On modifie les Statuts et règlements, et l’association prend alors une structure et une fonction similaire à celle qu’on lui connait aujourd’hui. L’assemblée générale devient officiellement l’instance suprême de l’organisation. Le conseil exécutif se voit confier la tâche, en plus d’assurer la gestion du syndicat, d’organiser la lutte syndicale en fonction des mandats de l’AG. On assiste alors à moins de confrontations directes avec l’administration, la SOGÉÉCOM étant mieux implantée dans le décor de Maisonneuve et ayant, suite aux luttes des années 70, démontré son pouvoir de mobilisation. Une sorte de rapport de force permanent s’étant créé avec les années face à la direction.

Le contexte du mouvement étudiant québécois au cours de cette période diffère grandement de celui des années 70. Avec le référendum de 1980, les questions constitutionnelles et la loi 101, beaucoup d’énergies sont investies dans la lutte nationaliste, chose qui aura des conséquences néfastes sur l’ANEEQ et la santé du syndicalisme étudiant.

On assiste aussi à la perte du monopole de la représentation étudiante nationale du côté des syndicats étudiants avec l’apparition temporaire, mais désastreuse au niveau de ses effets, d’organisations corporatistes étudiantes issues du Parti Québécois telles le Rassemblement des associations étudiantes universitaires du Québec (RAEU) et la Fédération des associations étudiantes collégiales du Québec (FAECQ) toutes deux ancêtres idéologiques des fédérations étudiantes actuelles (FECQ et FEUQ). C’est la première fois depuis les années 60 qu’on assiste à la constitution significative d’organisations nationales de droite au sein du mouvement étudiant.

À ce sujet, le TDU du 4 février 1985 reprend un article du journal Unité, journal de l’AGEUQAM, traitant de la campagne de I’ANEEQ pour préserver l’indépendance du mouvement étudiant. L’article affirme que 15 associations étudiantes locales sont infiltrées par des jeunes péquistes et jeunes libéraux avec la complicité du RAEU et de la FAECQ. Ces tentatives d’intégration du mouvement étudiant à l’État par les partis bourgeois n’est pas nouveau, mais prend de l’ampleur durant cette période. On verra dans la partie sur les années 90 que cette pratique persiste toujours aujourd’hui. La SOGÉÉCOM sera directement victime de cette forme de sabotage.

En ce qui concerne la série de mobilisations nationales auxquelles la SOGÉÉCOM fut liée, on en dénote de nombreuses durant cette période. Que ce soit la lutte contre le Projet de règlement des études collégiales (PREC), contre les coupes budgétaires, sur les prêts et bourses ou contre le dégel des frais de scolarité, la SOGÉÉCOM est toujours présente.

Tout d’abord, au printemps 1981, les étudiant(e)s du Québec se mobilisent contre le projet de réforme collégiale gouvernementale nommée PREC. Ce projet vise à encadrer davantage les programmes collégiaux et à enligner davantage les contenus de programme sur les besoins de l’entreprise et du marché du travail. Les syndicats de professeur(e)s se mobilisent aussi, car le PREC restreint l’autonomie des enseignantes et enseignants en ce qui a trait aux plans et contenus des cours.

À l’hiver 1982, le gouvernement péquiste annonce des coupures en éducation et dans les programmes sociaux. La SOGÉÉCOM réplique alors par la tenue d’une assemblée générale. On décide alors de tenir une campagne de mobilisation pour avril. Campagne à laquelle participe l’ANEEQ, les centrales syndicales et les groupes populaires. Ces coupures sont importantes à relever. Elles annoncent le virage néolibéral du gouvernement du Québec. En effet, le gouvernement québécois de l’époque est le premier gouvernement, tous paliers confondus au Canada, à entamer des mesures d’ajustements structurels tels qu’exigés par les organisations capitalistes internationales. Le PQ poursuivra le saccage des programmes sociaux à sa réélection en 1994.

L’année 1986 sera particulièrement chargée à Maisonneuve. L’ANEEQ lance alors une vaste campagne nationale sur les prêts et bourses. Il y a aussi une menace d’un dégel des frais de scolarité à l’université. Claude Ryan, ministre de l’Éducation, déclare qu’il y a trop d’universitaires au Québec et qu’il faudrait songer à augmenter les droits de scolarité. Les frais sont gelés depuis 1964 à 50 $ par cours (500 $ par année pour des études à temps plein).

Réuni(e)s en AG en avril, les membres de la SOGÉÉCOM se prononcent contre l’augmentation des prêts et la diminution des bourses (l’aide totale demeure la même, mais le gouvernement inverse la proportion des bourses par rapport aux prêts) et contre un éventuel dégel. Le 15 avril, on amorce une grève de 3 jours à Maisonneuve pour dénoncer la situation.

Pour donner suite au mouvement du printemps, I’ANEEQ appelle à une réunion extraordinaire du mouvement étudiant en septembre au cégep Lionel-Groulx. La plateforme de revendications de la quatrième grève générale qui se prépare est la suivante: maintien du gel des frais de scolarité jusqu’à la fin du mandat du gouvernement, retrait des frais afférents (ils viennent juste d’être introduits) et négociations avec l’ANEEQ d’une réforme des prêts et bourses. La grève débute en novembre. Elle dure 2 semaines. À Maisonneuve, le débrayage ne tiendra que 7 jours.

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Suite à la mobilisation, le premier ministre Robert Bourassa annonce le maintien du gel. L’État ne recule cependant pas sur les frais afférents. Des négociations s’engagent entre I’ANEEQ et la Direction générale de l’aide financière aux études (DGAFE).

Autre changement suite à la grève, le RAEU et la FAECQ sont dissoutes, leur stratégie anti-mobilisation étant en contradiction flagrante avec les gains de la dernière grève. L’ANEEQ se retrouve de nouveau seule dans le paysage national. C’est l’apogée du syndicat national.

Au-delà de la contestation simplement étudiante, l’action sociale plus large est toujours présente au collège. On assiste durant cette période à la création du Groupe écologiste de Maisonneuve (GEM). Au niveau international, on se solidarise avec le Nicaragua, le Salvador et I’Angola. On dénonce aussi l’apartheid en Afrique du Sud.

Dans cette vague pro-pacifiste et anti-militariste, le GEM, Amnistie internationale de Maisonneuve ainsi que des militant(e)s de la SOGÉÉCOM manifestent dans le Foyer le 14 février 1989 contre la venue du Royal 22e Régiment. Ce dernier tient au collège un kiosque de recrutement des Forces armées canadiennes. Finalement, les soldats quitteront les lieux.

Les années 90

Loin de vouloir idéaliser l’histoire du mouvement étudiant pré-1990, il faut avouer que la période qui sera relatée dans les prochaines pages est probablement la moins glorieuse. Avec le recul des mouvements sociaux, le mouvement étudiant québécois doit opérer dans un contexte fort différent. Néanmoins, plusieurs évènements encourageants qui se déroulent dans la deuxième partie de la décennie laissent entrevoir des perspectives plus prometteuses.

Pour le mouvement étudiant québécois, les années 90 s’ouvrent avec la plus cuisante défaite qu’il ait subi depuis sa naissance dans les années 60. Après la tentative du gouvernement Bourassa de dégeler les frais de scolarité en 1986, ce dernier revient à la charge en annonçant son intention de dégeler les frais durant les congés de Noël 1989-90.

Pour contrer l’offensive gouvernementale, l’ANEEQ se doit dans un premier temps de négocier avec une nouvelle actrice, la Fédération des étudiantes et étudiants du Québec (FEEQ). Cette dernière se constitue en 1989 sur un refus du syndicalisme étudiant et du principe de gratuité scolaire. Comme moyen d’action, elle prône le lobbying, niant ainsi l’antagonisme fondamental entre le mouvement étudiant et l’État. La FEEQ se transformera éventuellement en Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), toujours présente actuellement et toujours aussi corporatiste et réactionnaire.

Ainsi, la grève de 1990 ne sera pas un succès. La grève ne sera pas déclenchée avant le 10 mars alors que l’association étudiante du Cégep de Rimouski part seule. C’est seulement une semaine plus tard que d’autres associations locales suivront. La mobilisation n’est pas massive; le gouvernement ne recule sur rien.

C’est le début de la fin pour le syndicalisme étudiant incarné par l’ANEEQ depuis 1975. Maintenant les corporatistes ont toute la place. La Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) est créée à partir d’un noyau d’associations opposées dès le début à la grève. La FEEQ change alors de nom pour FEUQ.

À l’hiver 1993, Lucienne Robillard, alors ministre de l’Éducation, annonce une importante réforme du réseau collégial. Certains éléments lancés par cette réforme font d’ailleurs encore partie des plans du Ministère, comme entre autre le démantèlement du réseau collégial. Elle instaure aussi l’ancêtre de la fameuse taxe à l’échec qui sera abolie et introduite sous une autre forme par le PQ en 1997.

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6 cégeps, dont 5 membres de l’ANEEQ, tentent alors de contrer cette réforme. Maisonneuve en fait partie et quelques jours de grève sont enclenchés. Les syndicats de professeur(e)s s’opposent aussi aux politiques de Robillard. Malheureusement, le mouvement reste concentré à Montréal et la réforme passe comme dans du beurre.

Au collège, l’administration décide de mettre des bâtons dans les roues de la mobilisation. Le directeur général de l’époque, M. Leduc, fait appel à l’escouade tactique pour empêcher les grévistes de bloquer le cégep. La police procèdera à 44 arrestations.

C’est dans le contexte de décomposition de l’ANEEQ que s’engage la lutte pan-canadienne contre la réforme Axworthy. En 1994, le gouvernement fédéral annonce des modifications à l’assurance-chômage et coupe une partie des paiements de transfert aux provinces, ces sommes servant à financer en partie les programmes sociaux. Bien que désorganisé au niveau provincial, le mouvement étudiant québécois se lance néanmoins dans la mêlée. La Coalition X réunira alors les principaux syndicats étudiants de lutte et travaillera au niveau pan-canadien en collaboration avec la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants (FCEE) afin de contrer les projets du fédéral.

Trois grandes manifestations seront organisées au Québec pour l’occasion. À Maisonneuve, quelques débrayages sporadiques ont lieu. La participation sera massive, plusieurs centaines d’étudiant(e)s du collège participent à la mobilisation. Lors d’une manifestation à Ottawa le 16 octobre 1994, la SOGÉÉCOM réussi à envoyer 12 autobus scolaires!

La mobilisation contre Axworthy marque un tournant pour la recomposition syndicale au niveau québécois. Les éléments les plus avancés de la Coalition X envisagent la création d’une nouvelle organisation nationale. Ce sera chose faite le 15 mai 1995 alors qu’est fondé le Mouvement pour le droit à l’éducation (MDE).

La SOGEECOM adhère à la nouvelle organisation à l’automne 1995. Elle en sera membre durant les cinq ans d’existence du mouvement.

La mobilisation, bien que non victorieuse, amorcée par la Coalition X et poursuivie par le MDE mènera à la grève générale de 1996. Elle est la septième grève générale étudiante québécoise.

Après avoir procédé à des coupes de 400 millions en éducation à l’hiver 1996, le gouvernement péquiste annonce à l’automne de la même année une coupure de 700 millions. De plus, le gouvernement songe à dégeler les frais de scolarité, il impose la cote R et poursuit son objectif de déficit zéro. Dès septembre, le congrès du MDE lance le mot d’ordre de grève générale illimitée.

Dès le 24 octobre, l’AG de la SOGÉÉCOM part en grève seule. Très rapidement, le mouvement fait tache d’huile. 43 institutions collégiales sur 45 participeront au mouvement.

La grève s’éteint quelques jours après le 20 novembre alors que Pauline Marois, ministre de l’Éducation, annonce le gel des frais de scolarité. La mobilisation est une victoire partielle. car d’un autre côté le Ministère maintient ses coupes budgétaires, la cote R, procède à une modification désavantageuse du système d’aide financière, impose la «taxe à l’échec» et augmente les frais de scolarité pour les étudiant(e)s provenant de l’étranger et du reste du Canada, avec l’accord de la FEUQ et de la FECQ.

Toujours au niveau national, la SOGÉÉCOM sera de tous les combats pour le droit à l’éducation. Elle participe entre autre à la mobilisation contre le Sommet du Québec et de la jeunesse en février 2000.

La SOGÉÉCOM sera par la suite présente dans la lutte contre la taxe à l’échec en organisant un boycott du paiement à Maisonneuve, combat qui se soldera par l’abolition de cette mesure à l’automne 2001. Depuis, la lutte contre la privatisation et la marchandisation de l’éducation est son principal cheval de bataille, comme le démontre la manifestation et la grève du 21 février 2002.

Au sein des murs du collège, la SOGÉÉCOM doit toujours se battre contre l’administration, même après une implantation d’une vingtaine d’années. À plusieurs reprises la direction a tenté de s’immiscer dans le fonctionnement de la SOGÉÉCOM.

En février 1996, vers la fin de la lutte contre Axworthy, le directeur général du collège, Guy Lefebvre, refuse de reconnaitre le vote de grève de l’AG de la SOGÉÉCOM. Immédiatement, le conseil exécutif de l’association réplique. On dénonce l’ingérence de l’administration dans les affaires syndicales à l’aide d’un Sogéécommuniqué et on exige que le directeur général vienne à la prochaine AG affirmer qu’il reconnait l’autonomie de l’association. II ne se présentera finalement pas, mais par voix de communiqué l’administration finit par accepter le vote.

L’administration, dans son ingérence, ira jusqu’à piger à même les cotisations étudiantes durant l’été 2000, qui ne lui appartiennent en aucun cas même si elle les perçoit, pour payer des factures de ménage suite à une campagne d’autocollants. Après dénonciation et moyens de pression, sans résultat, la SOGÉÉCOM occupe finalement le bureau du directeur général le 26 octobre. Les occupant(e)s exigent que l’administration rembourse la totalité des cotisations étudiantes et que l’administration retire l’ensemble des panneaux ZOOM-MEDIA du collège (nous reviendrons plus tard sur la deuxième revendication). Le conseil exécutif de la SOGÉÉCOM parvient à une entente avec l’administration durant l’hiver 2001.

Autre lutte importante pour la SOGÉÉCOM, le projet ORBITE. Avec ce projet, le collège décide de se doter d’une approche clientéliste et élitiste. On crée un sous-programme de technique informatique avec des ordinateurs portables. Le problème est que les étudiant(e)s doivent débourser 3 200$ pour se procurer l’engin et que les inscriptions sont limitées à une classe.

Le projet est discuté à partir de l’automne 1998. En mars 1999, l’AG de la SOGÉÉCOM se prononce contre le projet. Des étudiant(e)s en informatique font part de leurs inquiétudes face à ce nouveau projet, ils et elles y voient une menace sur la validité de leur diplôme et participent fortement à la mobilisation. Le nouveau programme ouvre pour l’année scolaire 1999-2000. Après une campagne qui dure près de deux ans, la SOGÉÉCOM gagne son point. Le projet ORBITE est abandonné en avril 2000.

Toujours à l’interne, la privatisation rampante qui menace l’éducation publique au Québec s’infiltre dans le collège. On commence par créer la Fondation, qui débute ses opérations en 1995-96, suite aux nombreuses coupes budgétaires. Par le billet de cette dernière, des panneaux publicitaires de la compagnie ZOOM-MEDIA apparaissent durant l’année 1999-2000. Le collège vend dorénavant ses murs. Comme toujours, la SOGÉÉCOM ne laisse pas les choses ainsi.

Une campagne et des actions sont lancées. L’AG se prononce à plusieurs reprises pour le retrait de la publicité. Des militant(e)s décident individuellement de se charger du problème en attaquant les panneaux publicitaires. Quelques uns d’entre eux sont expulsés du collège. L’administration passe au mode répressif, ne voulant considérer ces actions comme étant politiques, mais accusant les étudiant(e)s de vandalisme. Dans plusieurs cas, l’administration ne possède pas de preuve et s’attaque à des militant(e)s affiché(e)s de la SOGÉÉCOM. Gilles Sauvé, directeur des affaires étudiantes, et Marcus Morin, responsable de la sécurité, vont même jusqu’à encourager la délation, méthode digne de la Gestapo.

Le 11 mars 2002, le syndicat des professeur(e)s, le syndicat des professionnel(le)s, le syndicat des employé(e)s de soutien et la SOGÉÉCOM exigent que le collège rompe le contrat avec ZOOM-MEDIA et demandent le retrait des panneaux publicitaires. L’administration cède.

Concernant la privatisation et le privé au collège, il reste encore le cas de la cafétéria qui est une lutte récurrente de la SOGÉÉCOM depuis ses débuts.

La SOGÉÉCOM doit aussi se battre contre la vague de droite au sein du mouvement étudiant. Comme dans les années 80, le PQ et ses militant(e)s tentent d’inféoder le mouvement étudiant. En 1998-99, des activistes du PQ étudiant au collège et de l’extérieur s’attaquent à la SOGÉÉCOM et demande la désaffiliation du MDE. Ces sombres individus se sont alliés pour l’occasion avec des militants proto-fascistes qui sévissent au TDU et se constituent dans un groupe nommé la Droite étudiante de Maisonneuve. Ils utilisent des symboles de l’armée allemande de la Deuxième guerre mondiale pour s’identifier. Trois militants péquistes utilisent des moyens frauduleux et l’usurpation d’identité pour commettre leur forfait. Le 27 avril 1999, les réactionnaires sont démasqués. Dans un Vivoir bondé, ils se font battre sur toute la ligne. L’affiliation au MDE est maintenue par un vote presque unanime.

Au niveau des luttes sociales plus larges, la SOGÉÉCOM appuie la lutte des sans-papiers chilien(ne)s durant l’année 1998-99. Elle participe aussi aux luttes anti-racistes et anti-fascistes dans Hochelaga-Maisonneuve en 1992, alors que des crimes racistes sont perpétrés par des néo-nazis dans le quartier.

En ce qui concerne le niveau international, la SOGÉÉCOM participe à la mobilisation contre l’intervention militaire en Irak en 1990-91, et participe à la mobilisation contre la guerre du Golfe.

À l’hiver 1997, la SOGÉÉCOM participe à la consultation populaire internationale pour l’humanité et contre le néo-libéralisme initiée par la guérilla zapatiste au Mexique. Cette consultation faisait partie du plan d’action du MDE. La campagne était menée conjointement avec plusieurs groupes progressistes au Québec.

La lutte contre la mondialisation capitaliste fait aussi partie des grandes mobilisations de la SOGÉÉCOM depuis Seattle en 1999. Elle participe aux différents mouvements contre l’OMC, le G-20 et en avril 2001 contre le Sommet des Amériques de Québec, rencontre réunissant les chefs d’État du continent afin de mettre en place une zone de libre-échange. Un gymnase bondé et survolté (2000 personnes) vote quatre jours de grève contre le Sommet. C’est plus de 90 % des membres présent(e)s qui votent en faveur du débrayage. Lors de cette manifestation, la police refoula les manifestant(e)s en utilisant du gaz lacrymogène. Plusieurs dizaines de personnes seront blessées et la police procédera à des centaines d’arrestations.

Toujours en avril 2001, la SOGÉÉCOM est aussi l’hôte de la Deuxième rencontre internationale étudiante pour l’éducation publique et gratuite. Du 12 au 16 avril, une centaine de délégué(e)s provenant d’une douzaine de pays se réunissent au collège. On constate alors que la mondialisation entraîne sur l’ensemble du globe une série de mesures qui menacent l’éducation publique. La privatisation et la marchandisation de l’éducation n’ont pas de frontières.

En continuité avec la lutte contre le Sommet des Amériques, la SOGÉÉCOM participe à la campagne « Bas les masques ! À bas la ZLÉA!» organisée par l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) au cours de la session d’automne 2002. Cette campagne s’opposait à l’accord de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA) et visait à informer la population étudiante sur les dangers d’un tel accord pour toutes les sphères de la société.

Le point culminant de cette campagne fut une manifestation regroupant plus de 10 000 personnes dans les rues de Montréal le 31 octobre 2002. Cette manifestation a malheureusement été récupérée médiatiquement par les fédérations étudiantes (la FECQ et la FEUQ). Ainsi, les manifestant(e)s purent apprendre en lisant les journaux du lendemain qu’ils et elles n’avaient pas manifestés contre la ZLÉA mais bel et bien contre l’inclusion de l’éducation dans la ZLÉA (ce qui était la revendication corporatiste des deux fédérations, refusant ainsi toute solidarité avec les autres mouvements sociaux).

Une autre lutte à laquelle la SOGÉÉCOM participa fut le mouvement s’opposant à l’intervention militaire des troupes américaines en Irak en 2003. Rappelons que ce mouvement engendra une impressionnante participation au niveau mondial ; uniquement à Montréal on put voir le 15 février 2003 une manifestation regroupant environ 150 000 personnes.

Après ces mobilisations, la SOGÉÉCOM entre dans une période plus creuse, le conseil exécutif de l’association étudiante préférant se concentrer uniquement sur des dossiers internes et sur l’organisation d’évènements tel que les partys. Peu après, la SOGÉÉCOM se désaffilia de l’ASSÉ. Cette désaffiliation reste controversée, car elle se fit par le biais d’un avis de motion plutôt nébuleux (l’avis de motion stipulait que la SOGÉÉCOM devait reconsidérer son affiliation nationale à chaque année …) et qu’elle eut lieu durant la fin de session avec un quorum à peine atteint.

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Les années qui suivirent furent plutôt calmes à la SOGÉÉCOM, le seul gain notable qu’elle réussit à acquérir fut la mise sur pied du café étudiant. Elle décida par contre d’en confier la gestion à COOPSCO, enlevant ainsi aux étudiant(e)s toute possibilité de décider directement des orientations de leur café étudiant.

Lors de la grève générale illimitée de 2005, initiée par l’ASSÉ, la SOGÉÉCOM recommença à s’intéresser à une pratique plus syndicale. Malgré tout, elle n’entre en grève que deux semaines après le déclenchement de la grève alors qu’auparavant, elle était toujours des premières en grève (lorsqu’elle n’initiait pas le mouvement elle-même …). Ce retard peut s’expliquer en partie par l’orientation des exécutifs des années précédentes, qui avaient mis de côté la mobilisation constante de la population étudiante.

Mais, depuis cette grève, la SOGÉÉCOM est de retour au combat, comme l’a démontré la journée de grève du 29 mars 2007.

Conclusion

L’histoire de la SOGÉÉCOM est riche. Sans rester figé dans le passé, on peut y retrouver d’innombrables exemples et sources de motivation. L’histoire de notre association continuera de s’écrire à tous les jours. Elle sera le reflet des gens qui oseront continuer à s’impliquer et à maintenir l’action syndicale à Maisonneuve.